« L’important est de jamais perdre de vue ce qui nous a amené là ! » Rencontre avec Roxane, habitante d’O Jardin Labastide – Couffouleux (81)

 

Ô Jardin Labastide, Couffouleux (81)

« L’important est de jamais perdre de vue ce qui nous a amené là ! »
Rencontre avec Roxane, habitante d’O Jardin Labastide – Couffouleux (81)


Article du Fil des Communs

https://www.habitatparticipatif-france.fr/?FildesCommuns

Ô Jardin Labastide est un habitat participatif de plutôt grande envergure, regroupant 70 personnes, dont 40 adultes et 30 enfants, né sous l’impulsion du collectif « Rabastens en Transition » (mouvement Villes en Transition, de Rob Hopkins), il y a environ sept ans. Le projet a été monté en accession à la propriété via le Bail Réel Solidaire (qui dissocie le foncier du bâti), avec le Comité Ouvrier pour le Logement (COL) pour 26 logements, et avec le bailleur social Tarn Habitat pour 4 logements en location. Pour le groupe, il était primordial d’avoir un collectif mixte de statuts et d’âge : on y retrouve un tiers de personnes seules, un tiers de familles et un tiers de personnes seniors.


L’arrivée dans le collectif
Roxane, son compagnon et leur enfant de 3 ans et demi sont arrivé⸱es dans le projet tardivement, environ un an et demi avant la fin des travaux. Ils sont alors deux foyers à intégrer le collectif à ce moment-là, et seront suivis de deux derniers foyers supplémentaires. Le groupe est alors bien constitué et beaucoup de choses ont déjà été pensées et mises en place par d’autres membres du collectif, dont certains sont d’ailleurs partis en cours de route. Comme dans beaucoup de projets d’habitats participatifs, lors de la phase d’identification du foncier, puis d’émergence du projet et de construction, le collectif change et évolue, avec des départs et des arrivées en fonction des moments de vie et attentes de chacun·e. 


Au moment où ils commencent à réfléchir à leur envie de vivre avec d’autres personnes, Roxane et son compagnon vivent encore à Toulouse. Ils tombent alors sur une annonce d’un collectif d’Ô Jardin Labastide : « On fait une première réunion d’information en visio et c’est le coup de foudre ! Le projet tombe vraiment à pic, il répond entièrement à nos idées, nos valeurs et nos envies. » Le couple suit ensuite les différentes étapes du processus d’intégration prévu par le groupe d’habitant·es : ils visitent le terrain en chantier, puis participent à une première réunion en plénière et sont ensuite marrainés par un foyer déjà membre du collectif. Enfin, la dernière étape est l’intégration d’un des groupes de travail du projet. « Nous avons décidé de prendre 6 mois pour réfléchir et prendre la décision de rentrer ou non dans le collectif. Ces six mois sont vraiment un temps nécessaire pour comprendre dans quoi on s’embarque : cela demande la rigueur, être à l’écoute et disponible. »

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Un collectif et plein d’outils pour vivre ensemble


Le collectif est organisé en plusieurs groupes de travail (GT) : archi, communication, asso, vivre ensemble et des groupes éphémères. Le Groupe communication, dont fait partie Roxane, travaille notamment sur le lien avec l’extérieur et le territoire : « Actuellement, on se rend compte qu’on pourrait passer des semaines entières dans l’habitat, sans forcément en sortir car il y a beaucoup de choses à gérer et à faire ensemble. Il y a un risque d’entre-soi qu’on ne souhaite pas prendre. Notre groupe de travail a donc pour objectif de se tourner vers l’extérieur, donner à voir et faire connaitre Ô Jardin Labastide, et aller voir ce qu’il se passe chez les autres. »

Plusieurs actions ont déjà été mise en place pour faire le lien avec le territoire : participation aux Journées Portes Ouvertes de septembre (coordonnées par Habitat Participatif France), Fête des voisins, distribution de flyers pour faire connaitre Ô Jardin Labastide, mais aussi aller voir et s’ouvrir à ce qui se passe chez les autres. La commune compte en effet un autre habitat participatif, Les Amarres, installé quelques années plus tôt. A terme, la salle commune sera ouverte sur l’extérieur car « l’envie de faire venir des concerts et des spectacles, d’ouvrir le lieu vers l’extérieur et de faire vivre le coté culturel et évènementiel du village, est bien présente au sein du groupe, mais sans urgence, en prenant le temps de mettre les choses en place. »

Côté organisation collective, une réunion plénière mensuelle est organisée avec l’ensemble des habitant⸱es. L’ordre du jour est travaillé en commun, avec une répartition des temps de paroles par groupes de travail. En parallèle, chaque mois, des temps de travail d’action collective (construction, jardin, etc.) d’une demi journée à trois jours ont été mis en place. Beaucoup d’outils ont été mis en place pour faciliter la vie du groupe : charte commune, pacte relation, formations, etc. « En termes de gouvernance partagée, on a beaucoup d’outils et c’est très structuré ! C’est important de se reposer sur les outils et de ne pas lésiner sur la formation et la médiation. »

Le groupe de travail Vivre ensemble est particulièrement actif, notamment en cette phase d’emménagement récent. Ses membres sont notamment en charge d’organiser les « fêtes du nous » (une à chaque saison) au sein de la maison commune ou de proposer des formations ou médiations :
« On avait tous très hâte de vivre dans les lieux et de s’installer. Cela n’empêche que nous avons besoin de médiation et de formation : c’est très important de se former, d’acquérir les outils pour le vivre ensemble. Vivre en collectif, ce n’est pas inné, ça s’apprend. Cela réanime des réflexes qui sont basés sur d’autres modèles, d’autres façons de faire. Prendre des décisions en grand groupe, ça s’apprend et ce n’est clairement pas la société actuelle qui nous l’apprend. »

Il a aussi des différences de rythme, en fonction de sa période de vie : « entre les personnes âgées et les personnes actives avec enfants par exemple, on n’est pas forcément à la même vitesse et ce sont des choses à réguler. On est tous bien sûr très à l’écoute les uns des autres, mais on voit qu’on n’est pas tous à la même vitesse. Certain⸱es ont envie de faire des choses le plus rapidement possible, d’autres souhaitent prendre plus de temps. »

L’entraide et la solidarité au centre


L’entraide et la solidarité se sont incarnées dans le collectif dès le début avec les emménagements progressifs de chaque foyer dans leurs murs : « on s’auto-déménageait les uns les autres, chaque foyer est arrivé avec son camion, et on s’entraidait pour emménager. C’était très émouvant et ça l’est toujours de voir l’entraide et la solidarité s’incarner si concrètement au quotidien et de voir que cela marche. »

Le vivre ensemble est aussi très concrets pour les 30 enfants dans le groupe : « C’est incroyable de voir aussi tous ces gamins, qui grandissent les uns avec les autres. » L’entraide est très concrète sur la question des enfants ou sur des bricoles du quotidien : « on a eu une fuite d’eau, on était tous là avec nos bassines à essayer de réparer. »

Roxane conclut : « On sait pourquoi on est là. On a souvent tendance à retenir les conflits, car c’est le plus spectaculaire. Mais la majeure partie du temps on est très en accord et très dans l’entraide. On a tous envie de bien faire, de faire des grandes choses et de les faire ensemble ! »